L'Ermite du Djurdjura

Rencontre avec l'auteur Amar METREF Nath Amar

Le 7 avril 2013 à 16h salle de la Conviviale
Au siège de l’Association Culturelle des Berbères de Kabylie
40 Rue Favre de Saint Castor, Quartier Celleneuve 34080 Montpellier
 

 

Amar METREF était parmi nous pour parler de son ouvrage : L’Ermite du Djurdjura
Roman d’une vie et d’une époque

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L’Ermite du Djurdjura est un roman à la gloire du « savoir », de la « Connaissance », de la « Liberté » et des « Combats » menés par certains Algériens, en particulier des Instituteurs dans l’Algérie du XIX ème siècle qui ont su se dresser contre l’injustice et l’asservissement du Pouvoir en place.


Ramdane est l’un d’entre eux. Il est né à la fin du XIXe siècle à Ath Yanni (Kabylie).


Son fils Amar METREF a repris le flambeau. Il est né en 1935. Comme son père il est devenu Instituteur à Alger, puis en Kabylie. Ensuite il a été Professeur de Collège, puis nommé Directeur. Enfin il fut élu Maire à Ath Yanni.


Amar METREF a poursuivi les différents combats initiés par son Père. En ayant écrit l’Ermite du Djurdjura, il nous livre la chronique d’une époque aujourd’hui révolue mais dont les épreuves « subies » et « combattues » nous rappellent les siennes propres comme les nôtres: la lutte contre l’ « Ignorance », l’ « Obscurantisme »; la « Recherche de la vérité », le « Droit au Savoir et à la Culture », la « Reconnaissance de l’Egalité des droits pour tous », sans jamais oublier la « Fraternité entre tous les hommes ».
 

 

Biographie d'Amar Metref

Né en 1935, à Tirmitine, du côté de Draa Ben Khadda, où son père Ramdane, instituteur, était en poste. Ce dernier, qui joua un grand rôle dans la cosmogonie d'Amar comme dans celles de ses autres enfants et petits-enfants et même arrière-petits enfants maintenant, est sorti de l'EN Bouzareah avant de commencer une carrière d'instituteur qui lui permettra de sillonner quasiment l'Algérie. Tirmitine est une des étapes les plus longues de sa transhumance pour semer le savoir dans une Algérie, populaire, « pauvre et digne » ( ces mots pouvaient être dans sa bouche)


Amar est le dernier des garçons et peut-être l'avant dernier des enfants d'une famille assez nombreuse. Fils d'instituteur, ses 4 frères ont tous fait des études: l'ainé, Mohamed Saïd, a été instituteur et directeur d'école. Le deuxième Achour, a été journaliste à Alger Républicain dans l'équipe d'Henri Alleg au début des années 1950. Le troisième, Méziane, a été fonctionnaire. Amar, lui, a suivi les pas de son père: il a fait une carrière dans l'enseignement.


Privilège d'être les enfants d'un instituteur "indigène" ouvert, les filles aussi ont été un peu scolarisées. Ramdane les mettait dans ses classes, ce qui a leur a permis à toutes, elles étaient six, à l'exceptons de l'ainée, de savoir lire et écrire.


Amar a été le plus lié à son père et le plus attaché au terroir des At Yani. Jeune, il a milité pour la cause de l'indépendance à Benni Yenni. Ce qui lui vaudra d'être arrêté et torturé dans une salle du collège de Benni Yenne qui, des années plus tard, deviendra son bureau de directeur de ce collège. Plus il connaitra une période de détention à la prison de Tizi-Ouzou.


Libéré, il rejoint le reste de la famille, chassée par les plans d'évacuation de l'armée coloniale des villages de Kabylie, a Alger. A l'indépendance, il enseigne à l'école de Panorama à Hussein Dey. Ramdane, son père, déjà à la retraite, reprend du service car il n'y avait assez d'instituteurs, dans une école dite Trottier à Hussein Dey aussi. Quelques années après l'indépendance, Ramdane prend cette fois ci sa vraie retraite et décide de rentrer à Agouni Ahmed, ce village des Ait Yenni, berceau de la famille. Amar décide de suivre son père, donnant lieu, en ces années où l'exode se faisait plutôt dans l'autre sens (campagne vers la ville) à un rare cas de figure de retour à la Kabylie. Il enseignera dans divers villages et villes de Kabylie ( Adni, Tizi-Rached) avant de se fixer à Ath Yani. Revenu au village d’origine, il sera d’abord enseignant de français au collège (il a fait, lui aussi, une formation pour enseigner dans le secondaire à l’ITE de Bouzareah mais en tant qu’adulte) puis directeur du collège jusqu’à la retraite.


Il a été maire d’At Yani.
C’est une figure de la commune d’At Yenni.


Son père a eu une activité militante pour l’égalité des droits entre instituteurs français et indigènes, ce qui l’a conduit à écrire dans « La voix des humbles » sous divers pseudonymes dont « L’ermite du djurdjura » ( titre du livre que nous présentons ce soir). Au-delà de la condition d’instituteur indigène, c’est toute la colonisation et la nécessité d’un combat progressiste pour la justice et l’égalité qui a animé « La voix des humbles ».


Cette conscience progressiste, Amar Metref l’a lui aussi. Dans un livre de mémoires, Jean Galland, instituteur, membre du PCA, raconte que je ne sais plus à la faveur de quelle élection, il avait distribué des tracts du PCA dans un marché de Kabylie en compagnie d’Amar Metref et d’autres jeunes prenant soin, dans le cas où les gendarmes montraient leur nez, à se faire arrêter, lui, Jean Galland, plutôt que les jeunes.


Il raconte aussi des réunions du PCA chez les Metref ou en tout cas en présence du père Metref. En tournée en Kabylie, Bachir Hadj Ali, dirigeant du PCA, conduit par Jean Galland, a passé, selon le récit de ce dernier, la nuit du 31 octobre au 1 novembre 1954 à Agouni Ahmed dans le domicile du père Metref.

Ce détour sert à dire que la conscience politique progressiste, voire communiste, a toujours été là dans le sillage du père Metref.


Cet héritage se traduit en tout cas par la défense des opprimés quelles que soient les conditions. On retrouve cela dans l’œuvre d’Amar Metref.


Amar a toujours écrit. Il a publié un premier roman en 1980 à l’ENAG sous le titre de « La gardienne du feu sacré. Puis pendant très longtemps, rien. Il revient a sa retraite dans le monde de l’édition en publiant coup a coup « La vengeance du mort » (Editions Nounou) et « L’ermite du Djurdjura » et « Raconter Ath Yani » (Editions Amel).


Sa littérature est proche de celle de Ferouan non pas seulement en matière de style, académique, le plus proche possible des canons classiques mais aussi dans cet arrière fond de narration kabyle, poétique, métaphorique proverbiale qu’on sent à travers et en dépit de la syntaxe française. Cette littérature est un point de convergence entre le réalisme à la Balzac mais d’inspiration rurale avec une sorte de fantastique emprunté aux contes kabyles. En tout cas, on sent, dans les phrases, dans le rythme, la respiration du conteur.


Amar Metref a le souci de donner, à travers la littérature, des informations historiques, sociologiques, voire même ethnographiques. Ces deux ouvrages sont truffés de ces sortes de notations.